RÉUNIFIER L’ALSACE-MOSELLE : Une opportunité de réconcilier histoire et géographie jusqu’à Belfort

AlsaceMoselleCarteNew York, 2010 (article complété en 2014) : Imaginez une « Région bilingue Alsace-Moselle » de 3 millions d’habitants pour 15 000 km2 au cœur de l’Europe, qui rassemblerait les départements 57, 67, 68 et 90. Une région de 450 km de frontières communes entre l’Allemagne et la France mais aussi lien vertical entre les deux pays les plus riches  de l’hémisphère nord en termes de produit intérieur brut (PIB) par habitant : le Luxembourg et la Suisse.  Une situation géographique exceptionnelle qui mériterait d’être réconciliée avec l’histoire, en n’oubliant pas Belfort, dont la majorité des habitants ne verraient pas d’un mauvais oeil (1) le retour au bercail «Alsace».  Une idée qui «fait sens», me confiait Jean Pierre Chevènement à New York en novembre 2009

Kranzer_edito_rez« C’est au niveau local que réside l’énergie d’un peuple libre; les institutions locales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science, elles la mettent à la portée de tous » écrivait Tocqueville.   L’Alsace-Moselle n’est pas qu’une réalité historique, elle est aussi un quotidien administratif et juridique. Le droit local est d’Alsace Moselle, l’assurance maladie est d’Alsace-Moselle,  la Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail est d’Alsace-Moselle (CARSAT).  Pour ceux qui auraient la mémoire courte, il existe le mémorial d’Alsace…Moselle siégeant à Schirmeck.

C’est au nom d’une continuité linguistique et culturelle que la Moselle était attachée à l’Académie de Strasbourg jusqu’en 1972. Simone Weil, au début des années 1940, note déjà que «Chacun des régimes successifs ayant détruit à un rythme plus rapide la vie locale et régionale, celle-ci avait finalement disparu. La France était comme ces malades dont les membres sont déjà froids et dont le cœur seul palpite encore. Presque nulle part, il y avait de pulsation de vie, excepté à Paris ; dès la banlieue qui entourait la ville, la mort morale commençait à peser (2) »

Avons-nous encore assez de pouls pour imaginer le potentiel de développement économique et social d’une telle région ? Elle donnerait du sens à la rationalisation territoriale et des opportunités exceptionnelles à condition de faire preuve de courage et de mettre un terme à un obscurantisme lénifiant. Cessons de sacrifier l’audace et la créativité sur l’autel des mythes nationaux !

BelfortSi certains regrettent que les redécoupages actuellement proposés ne tiennent pas compte des continuités linguistiques et culturelles : Bingo ! C’est aussi au nom des liens culturels et linguistiques que cette fusion 57, 67, 68 et 90 fait sens. Le Haut-Rhin, le Bas-Rhin tout comme la Moselle et même Belfort (en partie) constituent les départements historiquement germanophones de l’Est de la France, partageant une double culture, même si Belfort a été arrachée à l’Alsace en 1871.

Vous avez entendu parler de Hilbesheim, Lengelsheim,Lorraine-Moselle Luzelbourg, Meisenthal, Menskirch, Merschweiller, Mittelbronn, Mittersheim, Munster, Oberdorff, Schneckenbush ou encore Schmittviller. Ces noms qui sonnent si bon l’Alsace sont des villages mosellans. Reyersviller est un des premiers village d’Alsace-Moselle à connaître une demande de maternelle bilingue français langue-régionale. Sarrebourg, c’est la Moselle réunifiée à l’Alsace depuis longtemps : Ses clubs de basket et de football jouent dans les ligues d’Alsace depuis des décennies.

En Alsace et en Moselle, on parle l’alémanique et le francique deux dialectes au centre des systèmes éducatifs de la Suisse et du Luxembourg.  Ces deux pays vivent un trilinguisme décomplexé où se côtoient allemand littéraire, dialecte et français. En Suisse alémanique comme au Luxembourg, l’éducation en maternelle débute par une immersion totale en dialecte.

Mettons un terme à l’unitarisme égalitaire qui refoule l’instinct de dépassement! Osons une Alsace-Moselle bilingue qui ne perde pas de vue une maîtrise du dialecte qui permet d’accéder à des emplois à 5000 euros par mois au Luxembourg et en Suisse. A moins que, prisonniers d’un syndrome de Stockholm collectif, nous en soyons toujours à croire que le « dialecte ne sert à rien », quitte à se contenter d’une moyenne salariale de 1300 euros.

Nous avons le choix entre sacrifier la réalité linguistique sur l’autel des mythes nationaux ou avoir l’ambition de tirer la France vers le haut : Une Alsace-Moselle bilingue pourra le faire.  Alors que la Sarre vient d’annoncer un objectif de «Land Bilingue en 2043», l’Alsace-Moselle ne devrait pas être en reste.

«Le salut pour la France viendra des contraintes économiques mondiales. C’est face à ces contraintes qu’elle sera obligée de repenser sa relation à l’Etat » a écrit Edouard Valdman (3) dans son étonnant « malentendu des lumières » en 2003. Comme en écho, résonnait le discours très pédagogique du Président Sarkozy le 22 juin 2009 devant le Congrès réuni à Versailles. Sur le ton de l’adage américain « make the best out of the worst »,  il définit la crise comme un moyen de « nous rendre plus libres, d’imaginer un autre avenir », en nous obligeant à tout remettre à plat, « en ébranlant les dogmes et les certitudes ».

AlsacemoselleBelfort« Face à l’impératif de l’efficacité administrative et financière, le statu quo et le mille-feuille administratif ne sont plus tenables.  À ceux qui ont pu se réjouir de l’échec le référendum alsacien du 7 avril 2013, il faut qu’ils prennent conscience que si nous ne sommes pas en mesure de nous entendre sur des innovations, d’autres le feront à notre place et le projet de loi gouvernemental déposé le 23 avril 2014 semble confirmer qu’on nous imposera tôt ou tard des redécoupages que nous n’aurons pas choisi. L’échec du 7 avril doit aussi nous appeler à ne pas reproduire au niveau local le centralisme tant décrié et à parvenir à un réel partage de pouvoirs entre les départements quitte a envisager une présidence tournante de l’exécutif.

Au moment de conclure cet article, je retrouve mon « Journal de Tambov » et de la découverte en juillet 1996 des fosses communes du camp 188 où sont enterrés 10 000 Malgré-nous Alsaciens-Mosellans. J’y écris mon soulagement de découvrir « ce jardin secret » de la tumultueuse identité de notre Alsace-Moselle qui, je l’espère, se réunifiera un jour.  A Tambov, il n’y a jamais eu de frontières administratives entre Alsaciens et Mosellans. « Ceux qui ont partagé les mêmes malheurs ont le devoir de vivre le même destin» (14 juillet 1996).

TambovAlsace moselle

(Photo avec le Mosellan D. Amberg, à la double-croix du carré alsacien-mosellan du camp de Tambov. Croix décorée aux couleurs alsaciennes, françaises et mosellanes)
(1) En novembre 2009, j’ai participé à une réunion de travail à l’ONU avec Jean Pierre Chevènement. Au cours d’un échange sur la question, il me dit : «  avouer que la grande majorité de mes concitoyens ne verraient pas d’un mauvais œil le retour à l’Alsace, avant d’ajouter, Montbéliard c’est loin, Mulhouse c’est à côté ». D’ailleurs, au cours de la réunion, notant que deux Alsaciens étaient présents, Jean Pierre Chevènement ajoute : « Ah, mais moi aussi je suis un « ancien » Alsacien » ». Le 24 avril 2009, le député UMP du Territoire de Belfort Michel Zumkeller adresse le une lettre à ses collègues Alsaciens dans laquelle, après avoir constaté « que par sa vocation économique, son histoire et sa culture, notre département est naturellement tourné vers la région Alsace« , il demande que soit analysée « la possibilité de rattacher le Territoire de Belfort à la région Alsace« .
(2) In L’enracinement de Simone Weil (1909-1943)
(3) Ancien élève de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, et Président de l’«Association des Ecrivains juifs de langue française », dont Elie Wiesel est président d’honneur.
(4) Belfort avec 8000 habitants a été sous-préfecture du Haut-Rhin jusqu’en 1870 au même titre que Mulhouse. Après 1918 les (40 000) Belfortains souhaitaient devenir une préfecture du Haut-Rhin. A leurs yeux l’Alsace devait comprendre trois départements: le Bas-Rhin (préfecture Strasbourg), le département du Rhin (avec préfecture Colmar), et le département du Haut-Rhin (préfecture Belfort). Le gouvernement français ne l’entendit pas de cette oreille : contre les souhaits du conseil municipal de Belfort et ceux de la Chambre de commerce de cette ville, Paris érigea le « Territoire » en département.

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9 commentaires pour RÉUNIFIER L’ALSACE-MOSELLE : Une opportunité de réconcilier histoire et géographie jusqu’à Belfort

  1. wittmann dit :

    Si fusion il devait y avoir, c’est là un magnifique plaidoyer en faveur du rattachement de la Moselle à l’Alsace qui, de plus, est fondé sur de bonnes connaissances historiques. Bravo Thierry ! En effet, les arguments historiques, linguistiques, culturels et économiques, ne manquent pas pour pouvoir envisager sérieusement une fusion de l’Alsace et de la Moselle. C’est d’ailleurs la seule fusion acceptable pour l’Alsace dont la singularité (historique, juridique, culturelle, géographique…) ne cadre absolument pas avec les caractéristiques et schémas de développement envisageables pour le futur des autres Régions françaises. D’ailleurs, et tout le monde en conviendra, parmi toutes les Régions françaises, l’Alsace est un cas totalement à part !
    En ce qui me concerne, c’est donc « oui » à une Région Alsace-Moselle bilingue dont l’étendard pourrait à nouveau être celui, historique, du Reichsland (rot un wiss avec la croix de lorraine en jaune en haut à gauche ) !! D’ailleurs, des sondages récents montrent qu’une majorité de Mosellans seraient prêts à sauter le pas d’une fusion avec l’Alsace.

    • Maître Gertrude dit :

      OUI à la région Alsace-Moselle
      Signé : une alsacienne « émigrée en Anjou » mais attachée à sa région

  2. Fulup Travers dit :

    Article très intéressant, c’est un breton qui vous parle, chañs vat deoc’h/bonne chance à vous !

  3. SIMON dit :

    1° – C’est faux, le territoire de Belfort n’a jamais été arraché à l’Alsace. C’est Bismark qui, en 1871, n’en a pas voulu, trouvant la population trop francophile. Par contre, les cantons de Saales et de Schirmeck ont été arrachés à la France par le même Bismark, en décidant d’autorité – puisque la France était vaincue – que désormais la ligne frontière passerait par les sommets des Vosges. Précédemment, ces deux cantons faisaient bel et bien partie du département des Vosges.
    2° – C’est exact, il n’y a pas eu de frontières administratives à Tambov, mais il y avait une entre les deux provinces annexées, avec un gauleiter à la tête de chacune d’elle.
    3° – Connaissant le jacobinisme de Jean-Pierre Chevènement, je suis fort étonné qu’il soit partisan à ce que le Territoire de Belfort soit de nouveau rattaché au département du Haut-Rhin. °4° – Je n’ai pas connaissance que les belfortains aient demandé à redevevenir Alsaciens en 1918. Des historiens sont étonnés qu’ils n’aient pas entrepris une démarche en ce sens.
    Lorrain de naissance et Alsacien de coeur, au physique comme au moral.

    • 1 Appelez cela arracher ou enlever. Que ce soit Bismarck ou De Gaulle qui ait demande cela ne change rien. Belfort a été arrachée au reste de l’Alsace en 1871. 3 En quoi le jacobinisme est en contradiction avec le rattachement de Belfort a l’Alsace? 4 . Il y a une demande officielle de rattachement par les représentants du territoire des le retour de l’Alsace a la France. Demande rejetée par le Gouvernement

      • Steven dit :

        Je suis Belfortain et vous avez raison, on s’est battu contre les actuelles Allemand en 1871 et nous avons vaincu l’ennemi, nous avons soutenu l’Alsace, on a protégé comme on le pouvait. Le Lion de Belfort fait référence à notre courage et Bartholdi originaire de Colmar nous à offert le Lion en signe de reconnaissance et de courage qu’on à pu avoir pour défendre au mieux notre Alsace. L’architecture à Belfort est la même qu’en Alsace et beaucoup dans la veille ville, allez voir par vous même si l’Alsace n’est pas resté dans notre coeur même si nous avons été divisé jamais nous n’avons pu avoir le choix après la guerre de retourner dans cette région nous somme resté longtemps un territoire sans région jusqu’à que Paris décide de notre sort ! et nous mettre ailleurs. Peut être peu de gens savent parler la langue Alsacienne mais une bonne poignée connaissent encore. moi et ma copine en est la preuve vivante, que malgrès le temps écoulé, même dans cette ville le dialecte peu se transmettre. Pour conclure d’une certaine manière Belfort a belle est bien été arraché de l’Alsace.

        Es frajt mich ! ìch kànn d’ Sprooch vùn de Region 🙂
        Bis später 😉

  4. Ping : Réunifier l’Alsace-Moselle : Une Opportunité de Réconcilier Histoire et Géographie

  5. Yves Mansuy dit :

    Erreur historique les Messins (habitants de Metz ) n’ont jamais parlé le dialecte francique, ni l le dialecte alémanique. Une partie non négligeable de la Moselle n’est pas linguistiquement germanophone pas plus que le territoire de Belfort. Donc justifier un rapprochement entre la Moselle et l’Alsace et le Territoire de Belfort en se basant sur un critère linguistique n’est pas fondé.

    • Oui et non. La démographie et le deplacement des gens font que METZ comme Belfort ont éu enormement d’habitants parlant respectivement francique et alemanique. Cela étant dit etre francophone et monolingue nést pas une fatalité et nous pouvons imaginer une region Alsace-Moselle-Belfort officiellement bilingue gfaisant le lien entre Suisse et Luxembourg. ON peut imaginer la généralisation de lénseignement bilingue dans toute la Moselle et Belfort.

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