Ces identités multiples qui illuminent le « Rot und Wiss »

4jeunes

Croire que l’Alsace serait aujourd’hui plongée dans un sombre « repli identitaire » face à la réforme territoriale est une aberration. Croire à ce fameux « démon de l’identité » est simple, facile, sans nuance. Croire que tout est soit blanc, soit noir nous évite de réfléchir et d’observer les nuances ou la multitude de couleurs qui existent entre ces deux extrêmes. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer sur les réseaux sociaux les différentes voix qui nous crient ce que signifie « être Alsacien ».

Gisèle Télès, fille d’immigrés portugais, coeur de la fronde anti-fusion

Fille d’immigrés portugais arrivés à Colmar en 1968, Gisèle a été à l’origine d’un déchainement de passion « Rot un Wiss » sur la toile, le 26 novembre 2014. Ce jour-là, elle est prise à partie par un abruti qui l’assomme : « Vous n’avez pas à vous mêler de ce combat parce que vous ne parlez pas l’alsacien ». Gisèle lance un appel sur la page Facebook Les Alsaciens réunis : « Je pensais depuis ma naissance être Alsacienne ! Mes parents ont quitté leur île natale portugaise durant la guerre parce qu’ils n’ont pas eu le choix. Ils sont arrivés à Colmar en 1968. Après avoir passé une très mauvaise journée, mardi soir ayant appris les nouvelles de Paris, j’étais anéantie et par la rage, j’ai posté un message au sein de ce groupe pour savoir ce qu’on allait faire ! » C’est là qu’un internaute l’a invitée à quitter le groupe… jugeant qu’elle n’est pas Alsacienne.

Filles microTrès vite, cette publication soulève l’indignation et Gisèle reçoit 150 messages de soutien en une journée. La lecture de ces messages est absolument passionnante car ces écrits et ces opinions sur les réseaux sociaux démontrent une réelle diversité d’origines, de points de vue et d’attachements à une région. Bien en contradiction avec les clichés et préjugés véhiculés par certains journalistes et élus. Il s’agit là d’une force indéniable et sous-estimée de l’Alsace : sa capacité à réunir et à fédérer des identités multiples sous la bannière « Rot und Wiss ».

Si les femmes et les filles sont à la pointe de la lutte contre cette réforme, on peut souligner que ceux-là même qui ont lancé le « ELSASS FREI » dans les rues de Strasbourg ou Colmar sont d’autant plus décomplexés de le faire qu’ils ne sont souvent pas dialectophones, pardon germanophones.

Ces militant(e)s sont jeunes et d’origine diverses. Beaucoup, d’ailleurs, disent vouloiralsaciennesfiere apprendre l’alsacien. « L’important, c’est de se battre pour l’Alsace. Pas ce que l’on parle » disent certains. Toutefois, c’est aussi parce qu’ils ont conscience d’avoir perdu quelque chose « linguistiquement », qu’ils mènent leur combat. Cette identité multiple de l’Alsace, son ouverture et sa tolérance, ainsi que la diversité socio-culturelle de celles et ceux qui luttent contre le couperet de Paris, peinent à se faire entendre dans la presse généraliste. La nuance est un art et les idées reçues ont la vie dure. C’est plus simple. Cela nous évite de réfléchir. Les clichés et les préjugés de certains journalistes ont la vie dure, non parce qu’ils contiennent un brin de vérité, mais parce qu’ils se contentent d’exprimer la culture du journaliste qui les énonce, et leur perception de l’identité alsacienne est parfois terrible.

Extraits choisis de ces commentaires du 26 novembre 2014

Si ça peut te réconforter, je suis Lorrain, vivant en Alsace depuis un mois et demi, ça m’empêche pas de comprendre l’intérêt de ce combat maintenant que je suis en Alsace et que je connais mieux cette région. (…) Sus aux gonflants, tu vis en Alsace, tu aimes cette région car tu t’y sens chez toi, ça suffit largement à participer à ce combat. — Jérome

Ne t’inquiètes pas ! Moi non plus, je ne parle pas l’alsacien. Que l’on vienne m’insulter, je lui répondrai : vous n’êtes pas Alsacien mais un fanatique. Un fanatique n’a pas sa place en Alsace. — Thierry

Ma mère est parisienne (…) continue ton combat sans faire attention aux cons qui peuplent malheureusement aussi notre belle Alsace. Courage. — Laetitia

Suis moi-même mixte, papa portugais, maman alsacienne. L’avantage c’est que je parle alsacien, portugais et même français. Et je soutiens à 1000% ma région. — Petrus

Fatouma

Manifestation de Strasbourg, 23 novembre

Dans le groupe « Les Alsaciennes réunies », nous avons même la chance d’avoir Fatou, Africaine, qui défile avec la coiffe! (…). — Karine Ne vous formalisez pas pour un abruti qui sert si mal la cause alsacienne. Nous sommes une communauté de convivialité. La moitié de ma famille est varoise, et je sais que ce sont ceux qui ont des attaches ailleurs qui savent le mieux apprécier l’Alsace. Respect et tolérance doivent nous guider. — Thierry

Je ne suis pas née en Alsace et pourtant je combats pour que jamais elle ne devienne ALCA. — Marialina

On est alsacien dans son cœur et dans ses tripes, pas la peine de savoir le parler pour cela. Kopf hoch ! Courage ! — Aurélie

On ne parle pas forcément l’alsacien mais ce n’est pas pour autant qu’on défendra plus mal notre région. Au contraire, nous avons soif de revanche car nous nous rendons compte de ce qu’on a perdu. — Laurent

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manifestation du 7 decembre 2014 à Mulhouse

Tout Alsacien prônant la xénophobie, le racisme et l’intolérance est un juron à son histoire et à ses grands-parents qui ont subi la barbarie nazie! — François

Je suis un mélange de l’Alsace et du Portugal. C’est un mélange culturellement incroyable. Soyez fiers de ce que vous êtes et ne vous laissez pas abattre ! On vous soutient ! — Camille

Soyons Alsaciens, ensembles, quels que soient nos origines et que nous maîtrisons la langue ou pas, et ne baissons pas les bras face à l’ignorance crasse de certains — Clément Etre alsacien c’est dans ces tripes! La connerie elle n’a pas de nationalité ni de langue — Noémie De tout cœur avec toi Gisèle, une Alsacienne de naissance et de cœur — Fadime

Les vrais alsaciens se battent pour leur région, que tu parles ou non le dialecte. Sur mes trois enfants, il y en qu’un qui parle couramment le dialecte, et pourtant je le parle avec les trois. L’aîné a été refusé en maternelle au bout de quelques mois de scolarité, car il ne parlait pas un mot de français, c’était en 1996. Il a fait un blocage psychologique à en être malade. Il ne veut plus rien savoir du dialecte. Et pourtant il jouait au théâtre en dialecte en primaire. C’était une occasion de parler l’alsacien, autorisé alors une fois par an ! — Astrid

N’étant pas originaire d’Alsace, tu es devenue alsacienne en y vivant c’est magnifique! Ma femme a sa mère qui est née au Portugal…Je suis un alsacien de souche, si on peut dire et je ne parle pas l’alsacien, et le regrette. J’aimerai maintenant l’apprendre ainsi qu’à ma fille! J’ai téléchargé des applications. — Jean-Mickaël Je suis mariée à un Lot-et-Garonnais qui habite l’Alsace depuis très longtemps et ne parle pas mon dialecte, à part les gros mots…Dans ma famille, je joue régulièrement à la traductrice. Si ton cœur bat blanc-rouge alors tu l’es. — Myriam

Ma maman est italienne. Je ne vois pas en quoi ça pose problème. L’important c’est de respecter la région ou on vit. — Laura Lo

Si un Irlandais a envie de soutenir la cause alsacienne, mais qu’il le fasse. Je suis née en Alsace. Je ne l’ai pas quittée et pourtant je ne parle pas alsacien et je défie quiconque de me dire que je ne suis pas une vraie alsacienne. — Amélie

Pour Caro, « les nouvelles générations ne parlent pas forcément alsacien et ce n’est pas pour autant qu’elles ne défendent pas notre Alsace avec rage. Mon conjoint est de Nice et depuis qu’il vit ici, il se sent alsacien force 15.   Marguerite indique que sa grand-mère maternelle est une pure vosgienne et que son père est de Pau. « J’ai vécu de 18 à 21 dans les Vosges et j’en passe les insultes » Tu es née en Alsace tu y toujours vécu tes enfants sont nés ici donc vous êtes Alsaciens, donc si ce Mr. a un problème identitaire, qu’il relise l’intérêt des différents groupes.

Mon fils a 8 ans et il est né en Guadeloupe et tout le monde lui dit : « T’es un beau petit guadeloupéen ». Il répond : « NON je suis alsacien comme papa et maman » — Laetitia

Nadia martèle : « on s’en fout des origines. Dans mon entourage, j’ai des amis alsaciens qui ne se bougent pas pour notre belle région alors qu’ils sont contre la fusion. J’ai honte pour eux ». Jean-Francois rassure : « Gisèle peu importe que tu parles alsacien ou pas tu es en train de te battre avec nous pour sauver notre Alsace et tu es une alsacienne ».

Gisèle remercie tous ces anonymes d’un « Gros Schmutzala ».  « Tu vois tu parles alsacien » lui rétorque un internaute avant de conclure par un ELSASS FREI! ».

Vendredi 5 décembre, ça continue. Dominique S. Bourguignon, né à Dijon, explique qu’il vient de s’installer à Schiltigheim, qu’il aime la Bretagne et l’Alsace. Il indique avoir commandé ses autocollants « Touche pas à mon Alsace » et sera à la manifestation  à Mulhouse.

Adame

Imad el Hachlaf

Beaucoup ont remarqué l’étrange costume du cigogne du groupe des Alsaciennes Unies. Peu savent que celui qui a porté ce costume est un Marocain de Rabat, qui a découvert l’Alsace en 2010, Imad el Hachlaf  salarié de Royal Air Maroc est tombé sous le charme de l’Alsace et a demandé à y être muté. « Je suis musulman et fier et je respecte toutes les origines, car j’ai reçu une bonne éducation » m’écrit Imad qui a été de presque toutes les manifestations contre la fusion, parce qu’il veut préserver cette spécificité alsacienne qui l’a tant marqué. 

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Oualid Ben Salem

Dans le Sundgau c’est Oualid Ben Salem  qui illumine le Rot und Wiss de son identité particulière et pose pour la bonne cause avec ses polos estampillés I Love ELSASS et non Alsace.  Il a le sens de l’authenticité.

« C’est le peuple Alsacien qui donne son identité à ce pays intérieur. Si les Alsaciens laissent mourir leur culture, ils disparaitront » estime Oualid .  « Comme je l’ai déjà fait avec les t-shirts I love MLH (Mulhouse), je pense que l’outil le plus efficace pour entretenir quelque chose ou quelqu’un, c’est l’amour. Alors j’ai réalisé des t-shirts des sweats pour amener les gens a revendiquer et partager cet amour pour leur ville, leur quartier et leur région.  Je suis fière de ma culture d’origine que je commence seulement a découvrir, fier d’être Tunisien car c’est de là d’où je viens et où sont mes racines les plus profondes, fier d’être un enfant des banlieues car c’est là que je me suis construit, fier d’être Mulhousien et Alsacien car j’ai grandi dans cette région que je connais, qui me connait et qui me reconnait. Même si c’est pas grand chose, je mets mon talent au service de cette noble cause comme je le ferais pour la Savoie, la Bretagne ou la Corse ».

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Athis Belkis

En février c’est Athis Belkis, pilier des Alsaciennes Unies qui est l’objet d’un article qui évoque la militante « Musalsacienne » contraction de musulmane et alsacienne.  Dans un article paru dans le périodique TONIC, la femme originaire du Caucase explique qu’elle n’a pas hésité a troqué son voile musulman pour une coiffe alsacienne pour soutenir le modèle de convivialité ALSACE.

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Amal Houdaf

Depuis le mois de mars, Amal Houdaf, dont les parents viennent de Casablanca au Maroc,  s’affiche sur son profil facebook avec une coiffe alsacienne. Sans complexe elle explique sa double identité marocaine et alsacienne. En 1971, son père défunt est arrivé en Alsace recruté par Peugeot. Grâce au regroupement familial, maman, les frères et sa soeur suivront en 1974 et Amal naîtra en France  » J’ai grandi à St Louis et toute mon enfance a été bercée par le français parlé par mon défunt père et l’arabe dialectal du Maroc parlé par ma mère analphabète » explique-t-elle.  Elle explique que sa mère s’est intégrée en apprenant à faire le kouglopf avec la voisine alsacienne, les pâtes avec la voisine italienne et de son côté elle enseignait l’art du couscous aux 7 légumes  » .  Mariée à un Alsacien, M.Keiflin, son plus grand regret est que son mari n’ait jamais parlé alsacien à leur fille Maïsane, une berbère-alsacienne de 19 ans aujourd’hui. En 2014, Amal est réélue conseillère municipal de Saint-Louis. Un bel engagement multiculturel en perspectives.

Enfin la boucle est bouclée avec Amine Soufi, fils d’Algérien, candidat d’Unser Land a Strasbourg, qui tonne, « je suis fière de mes origines algériennes mais j’aime l’Alsace avant tout« . Dans un message du 15 mars, l’Alsacien d’origine algérienne fustige « les personnes qui stigmatisent Unser Land et qui font preuve de la plus grande intolérance et des plus gros préjugés ». Je suis très fier de mes origines et de mes ancêtres algériens. Mais je reste Alsacien avant tout et oui j’aime ma région et ses spécificités. Le plus grand racisme que j’ai pu vivre dans ma vie est avant tout venu de cette gauche caviar qui ne voit en un citoyen français issue de l’immigration qu’une « minorité visible ». Quel est le plus grand racisme que de refuser le droit à une personne d’être ce qu’il est avec ses propres idées. De ce fait, je lance un appel à tous ceux qui comme moi ont des origines d’ailleurs et qui sont nés ici. Ne vous laissez pas berner par cette manipulation. Vous êtes Alsaciens et soyez fiers de l’être » insiste Amine.  

Moins exotique, mais tout aussi touchant, l’engagement de Quentin Malherbe, Champardennais, né à Reims,  pour la préservation de l’Alsace, qui a fait plus que marcher. Il a franchi le pas de l’engagement politique en se présentant dans le nord de l’Alsace lors des departementales pour faire 20% des voix (a suivre)

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Sur un autre continent, jeudi soir 4 décembre 2014 au traditionnel buffet de fin d’année du Comité des associations francaises de New York, un responsable associatif vient me féliciter pour l’opération « Elsass Frei » menée à Times Square avec ces mots : « Ce que vous avez fait est fort et émouvant. J’adore votre identité votre fierté, je veux devenir membre de l’Union Alsacienne. je suis originaire de Paris, 12e…« .

Si l’on en juge les commentaires de certains média et la déclaration de certains élus fustigeant une « position isolationniste » et « posture soit-disant victimaire » des défenseurs de l’Alsace, il semble que « L’exemple de l’Alsace  nous montre que nous vivons dans un univers où la vérité est encore considérée comme un poison » (Psychanalyse  de l’Alsace, Hoffet. 1951).   

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins. Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains » écrivait Victor Hugo. Avec le temps l´histoire fera la part des choses entre ceux qui auront lutté et ceux, à plaindre, qui n’ont jamais su se libérer d’un réflexe pavlovien  consistant à stigmatiser l’identité alsacienne, pourtant partie intégrante de l’identité française…Quel gâchis, quel gaspillage d’énergie.

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6 commentaires pour Ces identités multiples qui illuminent le « Rot und Wiss »

  1. Bravo ! schéén g’sâadt ….c’est bien exprimé …..;et moi,qui suis une alsacienne  » indigène » j’applaudis tous les Alsaciens nouvellement arrivés et ceux qui aiment sincèrement l’Alsace !

  2. Greiner Yves dit :

    Vive l’Alsace libre,
    Aux armes citoyens , la nouvelle heure de la revokution est arrivée !

  3. Vu par ICI dit :

    Cette décision politique n’en finit pas de réveiller la fibre identitaire alsacienne. Mais qu’est ce qui caractérise le plus l’Alsace, comment est-elle perçue à l’extérieur ? C’est important de laisser s’exprimer la diversité des opinions à ces sujets et donc bravo pour cet article. En attendant les citoyens alsaciens, faut pas les chercher ! > http://www.vuparici.fr/5-facons-enerver-alsacien/

  4. jean-luc le lirzin@ dit :

    Je suis Normand de naissance et depuis 1971 vive l’Alsace

  5. Hansen dit :

    L’Alsace est la terre ou je suis née , mes racines sont dans le grand Nord qu’elles ont poussez , pour ensuite s’établir pour un siècle en Suède , Allemagne et en Alsace ou un de mes Ancêtre a fonder la nouvel génération car il disait que la terre est fertile , le vin est bon les femmes sont belles et qu’ il fais bon vivre en Alsace. Maintenant la famille a grandis , et quelques un sont partis aux Etats-Unis et dans le reste du Monde, mais plus de 50 % de ma famille (cousin cousine oncle tante etc etc) sont encore en Alsace et ne sont pas tous Marié a des Alsacienne ou Alsacien , mais Allemagne, Italie, Afrique, Magreb et j’en passe , mais nous somme tous Alsacien sans différences.L’ Alsace est était et sera toujours terre multiraciale . Vive l ‘Alsace.Un Gsund heit alis met a nandr

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