L’exfiltration du commandant Placide par le Prince allemand

100_0125« Je ne sais pas si je dois considérer ce jour comme le dernier d’une longue aventure, ou le premier de ma renaissance », a déclaré le Lieutenant Colonel Joy Placide Agasaro Simbi, 39 ans, à l’équipe de la MONUC/Uvira qui l’accueillait ce 25 octobre 2006.

Ancien commandant en second d’une Brigade des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) basée à Kigushu 80 km au nord ouest d’Uvira (vallée de Lemera), le lieutenant-colonel Placide a été récupéré près de Sange, à 40 km au nord d’Uvira le matin du 25 octobre à 5 h 30, après 10 heures et plus d’une marche de 30 km dans la nuit, en provenance d’un dispensaire de Mubere, près de Lemera*.

L’Audace du Prince

A  l’origine et à la direction de cette perilleuse opération de sauvetage et survie l’audace de Christian Sayn-Wittgenstein, officier DDR de la MONUC Sud-Kivu, Prince de son état. Après avoir dégoté ce renseignement précieux auprès de contacts locaux Christian est  resté en contact telephonique répété toute la nuit avec l’évadé jusqu’à ce que les deux hommes puissent se retrouver au levé du jour.

Quatre balles dans la cuisse

Aujourd’hui libre, Joy Placide se déplace difficilement. Quatre balles dans la cuisse gauche l’ont gravement handicapé. C’était le 24 juillet 2006, lors d’une embuscade tendue par ses frères d’armes pour empêcher sa fuite et celle de 15 autres membres des FDLR qui avaient décidé de rejoindre le Rwanda avec l’aide de la MONUC. « Sept de mes hommes ont été tués dans l’embuscade », déclare Joy, « mais je sais que d’autres sont aujourd’hui sains et saufs au Rwanda ». Au siège de la MONUC, Joy ne se défait plus d’un immense sourire que son visage a du mal à contenir. Le sourire d’un miraculé qui n’osait pas imaginer pareil dénouement lorsqu’une rafale a interrompu sa course vers la liberté, il y a trois mois. Il y est titulaire d’une maîtrise de mathématique et de physique. Il a aussi obtenu une licence de pilote d’avion au Canada en 1994.

Aujourd’hui, il n’a qu’un seul désir : mettre ses compétences au service du développement de son pays. Joy a passé une bonne partie de sa jeunesse en Europe où son père diplomate occupait, durant quatre ans, un poste de Premier secretaire à l’Ambassade du Rwanda auprès des Pays Bas. Il dit avoir beaucoup voyagé en Belgique, en Allemagne et en France. Il est rattrapé par la guerre en 1996. Il passera six mois à l’état-major Interamwe à Kinshasa sous le régime de Laurent Désiré Kabila pour lequel il affi rme avoir effectué des missions d’instruction au Tchad, au Cameroun et au Congo Brazzaville….avant de rejoindre le maquis FDLR au Sud Kivu et plus précisément à Kilembwe.

D’ailleurs, un policier en faction devant la MONUC le reconnaît. Ancien élément des FARDC, il était aussi en poste à Kilembwe, il y a quelques années. Les deux hommes éclatent de rire, surpris de se retrouver ici. A Kigushu, 80 km au nord ouest de Uvira, Joy est devenu un membre du bureau opérationnel de la division Sud FDLR et commandant adjoint d’une brigade dirigée aujourd’hui par le colonel Fred, «un intellectuel de formation universitaire et qui est très ouvert », selon Joy.

Avant son transfert à Bukavu, le lieutenant-colonel a pu appeler sa sœur à Kigali qui avait vent de son évasion. Comme la plupart des offi ciers FDLR, il est en contact Internet permanent avec sa famille au Rwanda, via des soldats chargés de recueillir et de répondre aux messages des familles à partir des connexions Internet dans la plaine sur l’axe Uvira-Kamanyola. Joy nous confi rme la volonté de nombreux éléments FDLR de rentrer au pays. Parmi les causes qui handicapent la réalisation de cette volonté, fi gure non seulement le fait que la hiérarchie voit d’un mauvais œil l’affaiblissement des effectifs, mais aussi l’étiquette de génocidaire collée à l’ensemble des FDLR. «Des jeunes qui n’ont rien à voir avec le génocide hésitent à rentrer au Rwanda de peur d’être emprisonnés ou condamnés à tort ». Il estime qu’un geste fort et clair du gouvernement rwandais pourrait susciter un retour massif de ses anciens frères d’armes. S’agissant de la démarche DDRRR (Démobilisation, Désarmement, Rapatriement, Réinsertion et Réintegration), il invite la MONUC «à persévérer en faisant preuve de diplomatie et surtout de discrétion pour ne pas mettre en danger la vie des candidats au retour ».

* Lemera se trouve à 27 km à l’ouest de Bwegera qui est située elle-même à 45 km au nord d’Uvira.

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