L’incroyable odyssée du Malgré-nous Paul Muller décédé à Toulon le 25 décembre 2016

paul_mullerLe décès de Paul MULLER (92 ans) à Noël, à Toulon, est l’occasion de rappeler la réalité du drame des Malgré-nous. Né à Sundhouse en 1924, Paul avait été condamné à mort par le régime nazi pour désertion vers les lignes russes. Malheureusement pour lui, trois camarades autrichiens et six autres alsaciens, ils furent repris lors d’une contre attaque allemande le jour de ses 20 ans en mai 1944. En raison des lourdes pertes et de besoins en hommes, la condamnation à mort fut commuée en incorporation dans une section disciplinaire chargée des coups les plus risqués. Paul a survécu 17 corps à corps, trois blessures dont un coup de baillonnette à la tempe. Paul s’est vengé sur la vie! Il a eu 14 enfants dont le cadet, Thibaut, est membre de L’Union Alsacienne de New York. 

Voilà son histoire telle que contée le 22 juillet 1981 sous forme de déposition à la police municipal de Toulon.

” Je soussigné Paul Muller, né le 2 mai 1924 à Sundhouse, Bas-Rhin, déclare par la présente, tous les faits et épreuve subis, pendant mon incorporation de force dans la Wehrmacht.   “ Le 11 novembre 1943, j’ai reçu par la gendarmerie allemande en poste dans mon village natal, Sundhouse, l’ordre de mobilisation et la feuille de route afin de me présenter à partir du 23 novembre 1943 au batiment des Fusiller amrins numéro 27 à Rostock, où je suis arrive le 25 novembre 1943 à 16 heures de l’après-midi . Après 40 jours dans cette unité, j’ai été dirigé vers Stettin, centre d’habillement pour le départ au front. Après la formation du convoi en partance pour le front, le 6 janvier 1944, un violent bombardement de la ville de Stettin, a retardé le départ, du fait que la convoi a été touché par une bombe faisant 13 morts dont un Alsacien de Sélestat René LANDIS. Nous avons été hébergé dans une caserne de PASEWALK, à 20 kilomètres de Stettin, jusqu’au 9 janvier 1944. La 9 janvier 1944, le convoi s’est reconstitué, avec le remplacement de toutes les armes et munitions, pour partir en direction de l’Est.

Le 18 janvier 1944, je suis arrivé à GLEDOKIE (Ukraine) où hébergé à la synagogue, j’ai été muté à la 4è Kp du Regiment Gren. Numero 719, S.P.42.072 E (matricule 7175) en cantonnement à l’école de LUTSCHAïKA. C’est de là, après 37 jours d’initiation aux différents aspects de la vie militaire en temps de guerre, que j’ai été dirigé sur le point stratégique de WITEBSK-SMOLENSK-ORSCHA, et ceci le 24 février 1944 pour être affecté au Marsch Bataillon 719/1. Ce bataillon en première ligne faisait partie d’un régiment d’élite specialize dans les attaques surprises, corps-francs.

C’est dans cette formation que j’ai participé à trois infiltrations dans les lignes russes, respectivement le 03 mars, le 15 mars et le 29 mars 1944. Mis au repos au Marsch Bataillon numéro 119 jusqu’au 12 avril 1944, j’ai été mute à cette date à la 4è Kp du Bataillon des Fusiliers Marins , n 206, S.P 42072 E commandé par le General Leutnant HITTER, Commandant la 206è D.I (emblème As de pique).

Le 21 avril 1944 en poste d’écoute avec un camarade de souche polonaise, Stanislas Woziek de Poznan, j’ai réussi à m’évader vers la tranchée russe, occupée par un bataillon de fantassins russo-mongoles, appuyé par un bataillon de femmes russes en uniforme. Cela s’est passé dans la forêt de Pandari le long du grand axe routier Witebsk-Smolensk. Grâce à la parfait connaissance de la langue russe de mon camarade Stanislas, nous avons été très bien reçus par les soldats russes, dont un des officiers, le lieutenant Nikolaï NOGOROV qui parlait parfaitement le français, me félicitait d’avoir fait ce grand pas.

Aux côtés des soldats russes avant d’être condamné à mort le 5 mai 1944

Nous avons été maintenus en ligne avec les soldats russes, avec des brassards portant l’insigne de l’Armée Rouge, servant d’interprète et d’hommes de liaison, nous avons eu le plaisir d’accueillir neuf autres camarades d’infortune, trois Autrichiens et six Alsaciens. Malheureusement le rêve n’a pas duré longtemps. Le jour de mes 20 ans le 02 mai 1944, notre ancienne unité a lancé une contre attaque surprise à trois heures du matin, et le malheur a voulu que nous avons été tous repris, ce qui nous a valu d’être cités devant le Tribunal de Guerre de la Division 206 S.P 42072 E : motif désertion et condamnation à mort le 5 mai 1944.

Clémence et section disciplinaire

Par demande de clémence auprès du General Lieutnant HITTER le 06 mai 1944, la condamnation a mort a été commuée en service commandé dans une section disciplinaire du 206e Bataillon des Fusiliers marins. C’est avec ce groupe que j’ai participé à la contre-offensive déclenchée par le Quartier général du SUDABSCHNITT, le 17 mai 1944 avec mission de faire sauter un poste de tir harcelant la butte 222,9 à l’Ouest de WITEBSK  surmontant un secteur de première importance aux abords de la DVINA. La réussite n’étant pas de mon côté, il m’a fallu redescendre non sans avoir été blessé légèrement à la tempe gauche par un coup de baïonnette russe. Ce n’était que partie remise. En effet dans la nuit du 17 au 18 mai nous avons dû réitérer par quatre fois pour arriver à accomplir la mission, la fuite n’étant plus possible, étant surveillés de très près dans mes activités.

Une blessure grave le 27 mai 1944 synonyme de libération.. 

Du 18 au 27 mai 1944, j’ai encore été de la partie avec mes camarades d’infortune et cela dans des harcèlements continus des lignes russes non sans avoir une nouvelle fois été blessé en corps à corps à l’arme blanche.  Enfin, le 27 mai 1944, veille de Pentecôte, à 5 heures du matin, dans un combat acharné, soutenu par 4 Tigres allemands, j’ai été touché grièvement à l’avant bras gauche par une balle explosive russe. Pour moi c’était déjà la libération, puisque inapte à la guerre, à -37 ou + 45 degrés, non sans avoir eu la joie de porter l’insigne de l’Armée rouge, notre alliée, et en ayant fait l’affreuse et cruelle expérience de 17 corps-a-corps, pour lesquels l’insigne de bronze m’a été décernée.

Le 27 mai 1944, vers neuf heures du matin, j’ai été dirigé sur le Kriegslazarett (hôpital de guerre) 4/626 à WITEBSK où j’ai été opéré sans délai. Le 30 mai 1944, j’ai quitté cette station chirurgicale pour être transféré à BORRISSOV, où un avion sanitaire était en attente pour un chargement de blesses graves qui devaient être hospitalisé à Minsk.

Le 5 juin 1944, un convoi sanitaire composé de 42 wagons, chacun rempli de 64 lits occupés par des blessés graves, nous ramenait vers l’Allemagne. C’est dans ce train que j’ai appris par la radio le 6 juin 1944 à 6 heures du matin le communiqué annonçant enfin le débarquement allié en Normandie. Quel soulagement ! Une joie immense envahissait mon cœur.

Transféré en Alsace le 18 juin 1944 mais réévacué le 19 septembre 

Le 9 juin 1944, j’ai été débarqué en gare d’ODERBERG (Haute-Silésie) pour être hospitalisé jusqu’au 17 juin. A la suite d’une demande de transfert dans un hôpital en Alsace occupée, satisfaction m’a été donnée le 18 juin 1944. J’ai été dirigé vers le Reservelazarett de Colmar (Haut-Rhin) et le 14 juillet 1944 on m’a amené au Teillazarett de Marbach (Haut-Rhin) annexe de Colmar. Suite à une démarche de ma mère, j’ai été transféré au Reservelazarett de Schlettstadt (Sélestat) à 12 kms de mon domicile et ceci le 15 aout 1944.

Les troupes françaises approchant très vite en direction de la Bourgogne, les autorités militaires ont décidé d’évacuer l’hôpital militaire de Sélestat et la 19 septembre 1944, un convoi sanitaire a été formé en gare de Sélestat, dans lequel tous les grands malades et blessés graves ont été embarqués à destination de l’Allemagne. Moi-même tout près de chez moi je ne pouvais me soustraire au départ, souffrant d’une grave infection de 40 degrés de fièvre. Le train partit donc avec 522 malades en direction de l’Allemagne où dans toutes les grandes gares, un certain nombre de ses occupants ont été sortis pour être évacués vers les différents hôpitaux disponibles pour les accueillir. En ce qui me concerne, j’ai été à LANGENSALZA (Thuringe) et affecté au Reserve Lazarett « Les Loges », annexe du Haupt Lazarett Bad avec 17 autres Alsaciens et un grand blessé berlinois, adjudant chef de la Division Das Reich. C’est grâce à lui que nous avons été retenus le plus longtemps possible dans cet hôpital. De plus, le médecin major, un ancien prisonnier de guerre de 1914-18 et interne a Lourdes, nous estimait bien et nous accordait toujours ses faveurs. . Comme il y avait plusieurs anciens de la campagne de 39-40, il aimait discuter avec ses «piouspious pour cinq sous » !!!!. Il parlait très bien le français.

Le 22 février 1945, par mesure de sécurité, les occupants de cet hôpital ont été dirigés sur la Hauptlazarett-Bad. Moi même j’ai eu avec six autres camarades, un billet de route pour me présenter au Reservelazarett à Erfurt.

Mitraillé par un spitefire anglais, caché par des antinazis allemands

Ma convalescence touchant à sa fin, j’ai eu ma feuille de route avec ordre de me présenter le 30 mars 1945 à la “Aufkl. Xxx ausb. Abteilung 3” de GÖTTINGEN, après avoir passé un congé de détente du 13 au 30 mars chez une famille allemande de THAMSBRUCK (Thuringe) et avec laquelle encore aujourd’hui je suis en correspondance. Le 30 mars 1945 j’ai donc pris le train pour GÖTTINGEN. Arrivé à la caserne on m’a indiqué que c’était à la Aufklärung ens…ausb,, Abteilung 1 à LUNEBURGH que je devais me présenter (voir congé de détente et feuille de route) . Au lieu de faire route vers LUNEBURG, j’ai fait de l’autostop en direction de mon lieu de départ : THAMSBRÜCK. Après trois mitraillements par des spitefire anglais, je suis quand même arrivé à bon port  chez mes anciens logeurs et ce, à 1 heure 30 du matin, le 31 mars 1945.  Ces gens antinazis m’ont très bien accueilli et tout de suite brulé mon uniforme, pour me donner des habits d’un des leurs qui a déserté en Normandie et se trouvait en captivité à Chicago.

Ma désertion ayant réussi et quelques intimes mis au courant, j’étais donc considéré comme un prisonnier français, me cachant le plus possible, afin d’éviter le pire à mes amis bienfaiteurs, en attendant l’arrivée des troupes américaines  qui faisaient routes sur le THURINGE.

La division blindée du Texas prenait possession de la ville de LANGENSALZA. Le 5 avril 1945 je me présentais au Reserve Lazarett Langensalza Abteilung Brauhofschule avec une infection de ma blessure, en civil, en tant que prisonnier de guerre français. On m’a fait aucune difficulté et on m’a…(a suivre)  paul-muller_signature

 

 

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